Rapport annuel sur la défense européenne 2025
Bruxelles — Les efforts de l’Europe pour renforcer ses capacités de défense ont connu une nouvelle dynamique en 2025. Les États membres de l’Union européenne ont accru leurs investissements militaires, renforcé leur coopération et accéléré leurs initiatives dans les domaines des nouvelles technologies et de l’innovation militaire.
Le rapport annuel 2025 de l’Agence européenne de défense (AED), publié le 15 avril 2026, décrit une année marquée par un environnement sécuritaire particulièrement exigeant, mais également par une intensification des efforts européens visant à améliorer la préparation militaire, développer des capacités communes et renforcer l’innovation dans le secteur de la défense.
Le rapport souligne également le rôle croissant de l’AED comme plateforme de coopération entre les États membres de l’UE, les industriels, les organismes de recherche et les utilisateurs militaires. Ses activités couvrent notamment le développement des capacités, les achats conjoints, la recherche et technologie, les systèmes autonomes, les communications satellitaires et la coopération avec l’OTAN.
Les dépenses de défense poursuivent leur progression
L’un des principaux indicateurs de l’évolution de la politique européenne de défense est l’augmentation continue des dépenses militaires.
Selon les données de l’AED présentées dans le rapport, les dépenses de défense des 27 États membres de l’UE ont atteint 343 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 19 % par rapport à 2023 et environ 1,9 % du PIB de l’Union européenne.
Les investissements dans la défense ont dépassé pour la première fois 100 milliards d’euros, représentant 31 % des dépenses totales de défense. Pour 2025, l’AED prévoyait une nouvelle progression des dépenses, jusqu’à environ 381 milliards d’euros, soit 2,1 % du PIB.
Les investissements dans les capacités de défense devaient atteindre près de 130 milliards d’euros, tandis que les dépenses consacrées à la recherche et au développement étaient estimées à environ 17 milliards d’euros.
Ces chiffres illustrent l’ampleur de l’effort européen visant à moderniser les forces armées après plusieurs années de niveaux d’investissement relativement faibles.
Cependant, l’AED souligne qu’une augmentation des dépenses nationales ne suffit pas nécessairement à améliorer l’efficacité militaire européenne. Une coopération plus étroite, une meilleure interopérabilité et une coordination accrue des investissements restent nécessaires afin de limiter les duplications et de permettre aux forces européennes d’opérer plus efficacement ensemble.
Près de 600 millions d’euros consacrés à de nouveaux projets
L’AED a enregistré une activité importante dans les programmes européens de coopération en matière de défense au cours de 2025.
Au total, 87 projets de capacités et de recherche et technologie, représentant environ 558 millions d’euros, ont été entrepris durant l’année. L’agence a également soutenu 10 projets relevant de la Coopération structurée permanente (CSP/PESCO) et 42 initiatives du Fonds européen de défense, représentant ensemble plus de 300 millions d’euros d’activités supplémentaires.
Ces initiatives témoignent d'une évolution vers une coopération plus opérationnelle, les pays européens cherchant à mutualiser leurs ressources, à harmoniser leurs besoins et à développer collectivement des capacités plutôt que de s’appuyer exclusivement sur des programmes nationaux distincts.
L’AED a également renforcé une plateforme de mise en relation entre gouvernements destinée à identifier des possibilités de coopération et à rapprocher les projets de défense des besoins capacitaires des États membres. À la fin de 2025, la plateforme regroupait plus de 400 projets et 50 besoins capacitaires identifiés.
L’innovation militaire se rapproche du terrain
La technologie et l’innovation ont constitué un autre axe majeur des activités de l’AED en 2025.
À la fin de l’année, 82 nouveaux projets de recherche et technologie étaient en cours de négociation, pour une valeur totale d’environ 490 millions d’euros. En incluant les projets déjà existants, la valeur des activités de R&T en cours et prévues atteignait environ 788 millions d’euros.
L’AED a également mis en évidence l’écart persistant entre l’Europe et les États-Unis en matière de recherche et développement dans le domaine de la défense. Selon le rapport, les activités de recherche, développement, tests et évaluation représentent environ 16 % du budget américain de défense, contre environ 4 % au sein de l’UE.
Dans le même temps, les investissements européens dans la recherche et le développement progressent. L’AED prévoyait que les dépenses de R&D de l’UE atteindraient environ 17 milliards d’euros en 2025.
Une composante importante de cette stratégie est le Hub pour l’innovation de défense de l’UE (HEDI), qui vise à accélérer le passage des technologies issues de la recherche vers des applications militaires opérationnelles.
Des systèmes autonomes testés en Italie
L’un des développements les plus significatifs de 2025 a été la première campagne d’expérimentation opérationnelle à grande échelle de l’AED consacrée aux systèmes autonomes.
Cette campagne était axée sur la logistique inter-domaines, avec pour objectif d’évaluer la manière dont les technologies autonomes pourraient contribuer aux opérations logistiques militaires.
Organisée par l’armée italienne près de Rome, l’expérimentation a réuni 108 experts issus de 22 pays, dont 20 États membres de l’UE ainsi que la Suisse et l’Ukraine.
La campagne s’est conclue par une journée de validation en juillet 2025 et a abouti à l’élaboration d’un guide destiné à aider les États membres à accélérer l’acquisition de systèmes logistiques autonomes.
Cette initiative illustre une volonté croissante de réduire le délai entre l’expérimentation technologique et l’acquisition effective de capacités militaires.
L’AED a également poursuivi ses travaux sur l’intelligence artificielle, notamment sur les systèmes d’aide à la décision destinés à la défense aérienne et antimissile intégrée.
La recherche couvre les domaines aérien, terrestre, maritime et cyber
Les 15 groupes de technologie capacitaire de l’AED, connus sous le nom de CapTechs, ont continué à réunir gouvernements, entreprises de défense, universités, organismes de recherche, PME et start-up.
Les projets menés en 2025 ont porté sur un large éventail de technologies, notamment les véhicules sous-marins autonomes, les communications militaires, la résilience cyber, l’intelligence artificielle, le ravitaillement en vol, les capteurs, la guerre électronique, la résilience énergétique et les futurs systèmes terrestres.
Dans le domaine aérien, un projet consacré au ravitaillement en vol autonome a progressé, tandis que d’autres initiatives se sont intéressées aux technologies destinées aux drones électriques.
Dans le domaine maritime, les recherches ont notamment porté sur les systèmes sous-marins autonomes et les technologies de nouvelle génération pour la lutte contre les mines.
Dans le secteur cyber, plusieurs projets ont étudié la résilience cyber-électromagnétique ainsi que la protection des systèmes autonomes contre les interférences.
La diversité croissante de ces programmes montre que la coopération européenne en matière de défense dépasse désormais les seuls achats traditionnels d’armements pour englober un écosystème technologique beaucoup plus large.
Les achats conjoints prennent de l’importance
L’AED a également poursuivi ses efforts visant à encourager les États membres à regrouper leur demande et à procéder à des achats militaires conjoints.
Les munitions rôdeuses ont notamment fait partie des domaines prioritaires. À la suite d’une lettre d’intention signée par 18 ministères de la Défense, l’agence a mené en 2025 des travaux visant à élaborer un modèle pour une éventuelle acquisition commune. L’initiative a été approuvée en septembre 2025.
Cette évolution reflète l’importance croissante accordée aux technologies rapidement déployables et relativement peu coûteuses dans les conflits modernes, notamment après l’utilisation intensive des drones et des systèmes sans pilote dans les conflits récents.
L’AED a également poursuivi ses travaux dans le domaine de la fabrication additive, avec pour objectif d’améliorer la disponibilité des pièces de rechange et l’interopérabilité entre les forces armées européennes.
Les communications satellitaires deviennent une capacité stratégique
Les communications satellitaires sont également restées un domaine important de coopération européenne en matière de défense.
L’AED a constaté une augmentation de la demande de services de communications sécurisées destinés à soutenir les missions et opérations militaires.
Son contrat-cadre dans le domaine des systèmes de communication et d’information, couvrant notamment les communications déployables, la cybersécurité et la gestion des données, avait atteint 27 millions d’euros de demandes mises en œuvre depuis 2022.
Les activités liées à GOVSATCOM ont également progressé en 2025, avec six nouvelles demandes de services représentant environ 11 millions d’euros.
L’importance croissante accordée aux communications satellitaires sécurisées reflète le rôle stratégique des infrastructures spatiales dans le commandement militaire, les communications, le renseignement et la conduite des opérations.
Renforcement de la coopération entre l’UE et l’OTAN
Le rapport annuel accorde également une attention importante à la coopération entre l’Union européenne et l’OTAN.
En 2025, l’AED a maintenu des échanges réguliers avec l’OTAN sur des sujets tels que la mobilité militaire, la cyberdéfense, les menaces hybrides, le ravitaillement en vol, l’aviation militaire, la navigabilité aérienne et la normalisation.
L’objectif est de faire en sorte que les initiatives européennes de défense complètent la planification capacitaire de l’OTAN plutôt que de créer des structures parallèles ou concurrentes.
Pour les gouvernements européens, cette coordination devient particulièrement importante alors qu’ils cherchent à renforcer les capacités militaires européennes tout en maintenant l’OTAN comme cadre central de la défense collective.
Vers un modèle européen de défense plus intégré
Dans son ensemble, le bilan des activités de l’AED en 2025 montre l’émergence d’un modèle européen de défense davantage fondé sur la coopération.
Le défi n’est plus seulement de dépenser davantage pour la défense. Les gouvernements européens doivent également déterminer où concentrer les investissements, comment développer des capacités communes, comment renforcer la coopération entre les industries de défense et comment faire parvenir plus rapidement les nouvelles technologies aux utilisateurs militaires.
Les activités menées par l’AED en 2025 montrent que ces priorités commencent à se traduire par des programmes concrets, allant de l’expérimentation de systèmes logistiques autonomes et de l’intelligence artificielle aux achats conjoints, aux communications satellitaires et à la recherche multinationale.
Alors que les dépenses de défense continuent d’augmenter et que les gouvernements européens sont soumis à une pression croissante pour renforcer leur préparation militaire, la prochaine étape consistera à transformer cet effort financier accru en capacités déployables, interopérables et technologiquement avancées.
Pour l’AED, cela signifie poursuivre son rôle de passerelle entre les ministères nationaux de la Défense, les institutions européennes, les industriels et les communautés de recherche, tout en aidant les États membres à transformer l’augmentation des investissements en capacités militaires concrètes.
Source : Agence européenne de défense, Rapport annuel 2025, publié le 15 avril 2026.